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Depuis 10 ans, je consacre mon travail musical à la relation son et images. Après avoir beaucoup écrit pour le théâtre, sous la forme de bandes son ou de musique en direct, les circonstances m'ont fait découvrir le plaisir et l'intérêt artistique de la composition pour le cinéma muet.
Les principes de création d'une partition musicale pour un film muet ne sont pas du tout les mêmes que pour le cinéma parlant. Il faut créer complètement tout l'univers sonore du film en ayant bien à l'esprit que la musique ne doit en aucune manière être ni redondante par rapport à l'image, ni en lutte avec celle-ci.
Elle doit trouver sa propre voie entre ces deux écueils et l'on doit garder à l'esprit que le public se rend dans un cinéma et non une salle de concert. La musique est juste une émotion, elle n'explique rien, seules les images parlent.
Le cinéma muet n'est pas seulement le début d'une nouvelle histoire de l'image, mais déjà 7ème Art à part entière. Le fait qu'il soit noir et blanc et sans le son, communique au spectateur que je suis, une émotion particulièrement forte et poétique qui se transforme et parfois se perd avec la parole et la couleur. Un film muet est une oeuvre dans laquelle je me permets de pénétrer avec beaucoup de délicatesse, de respect et toujours dans le but de servir au mieux le réalisateur et les images qu'il nous propose.
Les différences qui existent entre tous les films autour desquels j'ai travaillé, m'ont ouvrent obligé à chercher ailleurs que dans le jazz une inspiration adéquate aux émotions proposées par le metteur en scène, ce qui a évidemment enrichi la palette sonore développée par l'orchestre.
Joël DROUIN |